Source : http://caccomo.blogspot.com/2008/04/liquider-mai-68-2.html
Liquider mai 68 ? (2)
On n'a pas fini d'entendre parler des quarante ans de mai 68. J'avais 5 ans... Mais j'ai le souvenir que mon père, qui avait délaissé sa Sicile natale dans un état
de désolation, ne comprenait guère ce qu'il appelait une révolte de petits bourgeois. Je ne reconnais qu'un seul mérite à ce mouvement, c'est d'avoir introduit en effet des espaces de liberté
individuelle dans une société corsetée et rigide. Sinon, cette génération fut la génération des trente glorieuses, les précédentes ayant connu l'occupation, des guerres mondiales et des contextes
de marasmes et de turbulences propices aux déchaînements de drames.
Avec le recul, la génération 68 fut bénie des dieux. Il ne s'agit pas de mettre tout le monde dans le même sac, en collant une étiquette réductrice à toute une
génération. Mais les leaders les plus charismatiques du mouvement de mai 68 ont mangé la soupe capitaliste des trente glorieuses dans laquelle ils n’ont eu de cesse de cracher au nom d’une
critique hystérique du capitalisme révélatrice de leur ignorance fabuleuse des principes économiques. Ils ont connu la révolution sexuelle sans le sida. Ils ont rejeté des parents qui avaient
connu les privations, la guerre et la souffrance. Ils ont laissé pousser des enfants sans cadre sous prétexte de ne rien interdire et d’expérimenter des méthodes pédagogiques progressistes. Ils
ont profité de tous les acquis sociaux, s'empressant de partir aujourd’hui à la retraite (avec anticipation) avec le pactole et une espérance de vie en augmentation de sorte que la durée de vie à
la retraite sera bientôt aussi longue que la vie active.
Qui paiera ? Les enfants et les petits-enfants pardi, lesquels vont hériter de dettes et d’impôts nouveaux !
Les porte-paroles de cette génération gâtée, non contents d’avoir profité de cette miraculeuse conjonction d’avantages, non contents d’être nés au bon endroit au
meilleur moment, terrorisent toujours les âmes, imposent leurs valeurs et leurs références intellectuelles, font régner une police de la pensée inflexible qui ne tolère aucune
contradiction.
Ils sont installés dans les murs de Radio-France où ils professent leur marxisme décalé, débattant doctement de la crise du libéralisme ou de la fin du capitalisme.
Ils ont pris les rennes de l’université où ils formatent encore les esprits sans aucune préoccupation de la réalité qui vient pourtant chaque jour démentir ses postulats erronés. Les mouvements
lycéens et étudiants font désormais partis des rituels imposés.
Et ceux qui ont le malheur de ne pas de se conformer à ce format sont immédiatement traités de fascistes ou de réactionnaires. Avec eux, il n’y a pas de demi-mesure
! C'était cela aussi l'esprit de mai 68.
Et pourtant, ils devraient faire preuve de plus de modestie. D’abord, ils se sont plantés sur toute la ligne dans leur lecture de l’histoire, cautionnant les pires
régimes politiques. Ensuite, ils vivent mieux que leurs parents alors que leurs enfants vivront moins bien qu'eux. Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, une génération a
été incapable de transmettre le flambeau de la prospérité, la croyant acquise. Et c’est sans doute parce qu’elle a été incapable de transmettre les facteurs de cette prospérité que sont
le capital humain (c’est-à-dire principalement la confiance, la morale, la compétence et la connaissance du monde, de l’économie et de l’homme) et l’épargne. L’éducation nationale, qu’elle a
proprement phagocytée, n’assure plus son rôle de transmission des connaissances. Elle a toujours condamné cette école « bourgeoise ». Pour elle, l’école doit « fabriquer des citoyens solidaires
», entendez par là des moutons incapables de penser par eux-mêmes et de se débrouiller sans l’Etat-berger.
Quant à l’épargne, elle suffit à peine à supporter la charge de la dette publique. Dans ce contexte, que reste t-il pour l’investissement productif, pour le
financement plus risqué de la recherche et de l’innovation sans lesquels aucune croissance ne saurait être durable ?
Quelle dignité peuvent avoir des parents qui laissent des factures à leurs enfants alors qu’ils ont eux-mêmes hérités d’un véritable trésor ? Car
ils sont nés dans un pays riche et ils laisseront un pays en voie de sous-développement. Mais ils n’auront jamais le courage de l’admettre et ils sauront toujours trouver des boucs émissaires :
c’est la faute au grand capital ! Diantre, quelle trouvaille pour ces esprits pétris de dialectique et ces experts en langue de bois. Par pudeur, au lieu de célébrer dans la rue cet anniversaire
pittoresque, taisez-vous enfin, laissez la place à d’autres, prenez votre retraite, profitez encore de vos vieux jours, mais de grâce, cessez de donner des leçons !
# posted by Caccomo
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